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Zones pastorales et forêts matures – questions d’avenir pour les pré-Alpes !

Dans un contexte de changements globaux qui font évoluer les écosystèmes et menacent leur équilibre, les Parcs naturels régionaux du massif des Bauges, de Chartreuse, du Vercors, des Baronnies provençales et du Verdon s’associent pour décrire deux biotopes stratégiques et leurs usages : les zones pastorales et les forêts matures

Ces écosystèmes fonctionnent en étant connectés les uns aux autres, abritent des espèces de faune et de flore rares, et sont les lieux d’activités humaines fondamentales en territoires ruraux : le pastoralisme et la sylviculture. Avec l’évolution du climat, le retour du loup et les changements de pratiques, l’équilibre de ces trames est menacé.


Grâce au soutien financier de l’Europe, de l’État et des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Sud Provence-Alpes-Côte d'azur, les cinq Parcs naturels régionaux engagés dans ce projet définiront ensemble les modes d’observation permettant de préciser ces trames et de suivre leurs évolutions dans le temps et dans l’espace. Ces outils ont vocation à être utiles à tous les territoires qui s’intéressent à ces écosystèmes, leurs richesses naturelles et leurs usages humains.

Parcelle de Lucien Idelon à Izeron

La trame des zones pastorales, c’est quoi ?

Les zones pastorales regroupent les zones intermédiaires et les parcours préalpins, soit la mosaïque de tous les milieux naturels de moyenne altitude qui ne peuvent être que pâturés (et non pas cultivés, fauchés...), qui sont utilisés à différentes périodes de l’année (pas uniquement l’été). Ces milieux naturels regroupent aussi bien des pelouses sèches riches en orchidées, que des prairies embroussaillées, des lisières et des bois pâturés (et n'incluent pas les alpages puisqu'ils sont utilisés qu'en été).

Ce sont aussi des lieux de loisirs et de ressourcement pour les hommes : contemplation des paysages, randonnées, vtt etc. 


Les Trames écologiques : un schéma ; une vidéo ; un texte (sur les trames vertes et bleues)

La géographie du projetcarte POIA trames

Massif des Bauges, Chartreuse, Vercors, Baronnies provençales et Verdon, ces cinq Parcs naturels régionaux sont très différents ! Du nord au sud, ils présentent des milieux naturels et des activités humaines singuliers et parfaitement adaptés au climat local.

Pourtant ils se ressemblent ! Tous à l’ouest des Alpes, les pré-alpes sont des avant-postes calcaires et karstiques. Observer les milieux pastoraux et les forêts matures ensemble a donc un vrai sens en vue de faire perdurer ces milieux aussi entre nos massifs.

Le programme inter-régional du massif des Alpes (POIA), et ses partenaires financiers – régions Sud Provence-Alpes-Côte d'azur, Auvergne-Rhône-Alpes et ANCT, nous aident à mettre les moyens humains et financiers pour prendre le temps de construire une méthode commune d’observation.

 

 

 

 

Vieil arbre, trous de pic, mousse

La trame des forêts matures, c’est quoi ?

On appelle forêts matures les forêts à la fois anciennes (des forêts qui existent depuis au moins la fin du XIXe siècle) et qui en même temps présentent des signes de vieillesse c'est-à-dire avec la présence de très gros arbres, des arbres pourrissant aux écorces décollées, des essences diversifiées etc. 

Ces forêts constituent des réservoirs de biodiversité résilients* au changement climatique (plus il y a de biodiversité et d'espèces dans un milieu donné, plus celui-ci est capable de s'adapter aux changements). Elles sont aussi des lieux d’usages diversifiés, comme la sylviculture, mais aussi des lieux de loisirs et de ressourcement pour les hommes : contemplation des paysages, randonnées, vtt etc.

Lire l'article «Des forêts d'âge mûr», in Le Vercors #79, pp. 4-6, mai 2021

* Cette notion est définie comme la capacité des écosystèmes à maintenir leur intégrité et leur fonctionnement face à une perturbation. Elle est une sorte d’assurance écologique face aux crises.

Pourquoi observer les trames pastorales et des forêts matures ?

Une grande partie de la biodiversité rare et menacée est liée au maintien des milieux ouverts et semi-ouverts façonnés depuis longtemps par le pastoralisme. Les continuités écologiques indispensables au maintien de ces espèces auraient tout à perdre d'une dynamique de fermeture des milieux liée au danger d'une déprise pastorale. Conflits d’usage, accessibilité au foncier, fermeture des milieux, prédation, diminution du nombre d’éleveurs… sont autant de difficultés qui pèsent sur cette activité fragile économiquement. À contrario, localement, ces continuités écologiques peuvent être compromises par des pressions de pâturage trop fortes pour les milieux, d’autant plus dans un contexte de changement climatique qui conduira les éleveurs à devoir probablement réajuster, adapter leurs pratiques…

Vidéo : les espaces pastoraux (Verdon)

La conservation de la biodiversité forestière des forêts matures passe par une prise en compte de la trame forestière dans son ensemble (incluant les forêts récentes, les haies...). La trame des forêts matures permet les indispensables échanges génétiques entre des populations d'espèces (faune et flore), leur migration et leur résilience dans un contexte d'adaptation de la biodiversité aux changements climatiques. La fonctionnalité de cette trame forestière passe non seulement par sa répartition spatiale, mais aussi par sa qualité. Le maintien d'une trame de vieux bois est particulièrement indispensable, avec un maillage d'arbres morts, d'ilots de sénescences et de zones plus vastes en libre évolution. 

Vidéo : une trame de vieux bois (Verdon)

Grâce au programme inter-régional du massif des Alpes (POIA), on cherche à comprendre comment fonctionnent ces trames, à la fois sur le plan des écosystèmes, et sur celui des usages qui s’y exercent. 

Mieux les comprendre, c’est aussi identifier leurs traits caractéristiques, indicateurs de leur bon fonctionnement ou au contraire de leurs ruptures. Avec l’évolution du climat et des usages, il est intéressant pour nous, et pour les autres territoires qui pourraient s’inspirer de notre travail, d’établir des protocoles simples et normés d’observation, afin d’agir le plus efficacement possible pour maintenir ou restaurer ces trames stratégiques de nos territoires. 

Brebis

Comment observer la trame pastorale ?

La trame des zones pastorales commence à être un peu connue grâce aux travaux menés dans le programme CEPAZ. Pour ce qui nous concerne, dans le cadre du Programme Opérationnel Inter-Alpes (POIA) biodiversité - trames, il s'agit d’aller plus loin dans la compréhension de ces écosystèmes et de leur place dans les usages pastoraux et agricoles, que l'on pressent de plus en plus stratégiques mais soumis à des aléas difficiles à maîtriser.

Les chambres d’agricultures et les services pastoraux, accompagnés du Service d'utilité agricole à compétence interdépartementale (Suaci Montagn'Alpes), travaillent ensemble à cette caractérisation des usages : la place de ces écosystèmes dans les exploitations agricoles, leur poids économique et sanitaire etc. 

Le Conservatoire botanique national alpin (CBNA) travaille à la typologie des végétations de cette trame, pour identifier les espèces communes entre nos massifs et travailler avec nous à sélectionner celles qui pourraient être suivies sur le long terme.

L’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'allimentation et l'environnement (INRAE) nous accompagne pour prendre du recul sur nos actions, et définir avec nous ce que pourra être ce futur observatoire de la trame pastorale. Créateur et animateur de l’observatoire Alpages sentinelles, ce laboratoire de recherche est particulièrement pertinent sur ces sujets complexes. 

Enfin, Verdon et Vercors ont déjà travaillé à des méthodes de caractérisation écologique des trames fonctionnelles de leurs territoires. Notamment, le Verdon a conçu un programme informatique (sous la forme d'un plug’in) qui - dans un logiciel de cartographie - automatise le calcul de la valeur écologique (l'analyse des réservoirs de biodiversité sur le territoire) de ces trames et de leurs connectivités (corridors écologiques). Cette méthode automatisée peut ainsi être partagée avec d'autres Parcs naturels régionaux et territoires leur permettant d'avancer plus vite dans l'analyse de leurs trames.

Les rendus des différentes étapes du projet menée par le Verdon : ● Quantifier et spatialiser la connectivité ● Rappels sur les méthodes de cartographie des continuités écologiques ● Indice de connectivité Concepts et mode de calcul ● Quantifier et spatialiser la connectivité avec QGIS et BioDispersal - formation

 

Champignons dans forêt mature

Comment observer la trame des forêts matures ?

On sait définir ce qu’est une forêt mature surtout dans les Alpes du Nord où les forêts productives sont aussi plus étudiées. En revanche, il est difficile aujourd’hui de définir cette trame, à l’échelle de nos massifs, ainsi qu'entre nos massifs, car il existe différentes méthodes en cours de test. 

Nos travaux s’articulent autour de plusieurs aspects sur cette trame :

  • définir les critères de maturité des forêts méditerranéennes (INRAE),
  • identifier des espèces indicatrices faunistiques et floristiques grâce à l’INRAE pour la faune, et au CBNA, au travers de l’étude de la bryoflore (les mousses),
  • tester plusieurs méthodes de modélisation de cette trame, au travers du LiDAR* et de la photogrammétrie** (INRAE),
  • analyser les connectivités intra et inter-massif sur la base de cette modélisation : (TerrOïko qui développe des nouvelles technologies numériques appliquées à la biodiversité).

Ici bientôt des livrables !

LiDAR (Light detection and ranging), une technique de télédétection par laser aéroporté qui permet d'obtenir des cartographies extrêmement précises à l'échelle d'un peuplement forestier telles que la hauteur des arbres, la surface ou le volume occupés.

** photogrammétrie : technique permettant de déterminer les dimensions et les volumes des arbres (indicateurs de maturité de la forêt) à partir de mesures de photos aériennes.

La suite du projetLa suite du projet

À la fin des 2 ans du projet, grâce à toutes ces études, avec l’ensemble des parties prenantes, nous tenterons de construire un observatoire durable de ces trames fonctionnelles (permettant de faire perdurer les suivis). Il nous permettra d'examiner leurs évolutions dans le temps et avec les usages, et d'élaborer un programme opérationnel en vue de maintenir ou de restaurer ces trames dans nos massifs et entre nos massifs. 

Un deuxième programme européen pourra nous aider à rendre opérationnel ce travail exploratoire qui a vocation à essaimer dans tous les territoires qui pourraient se sentir concernés par ces questions. 
 

POIA financeurs