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Loup & territoire, pour un récit commun

En 2017, le syndicat mixte du Parc du Vercors a voté à l'unanimité une motion qui le positionne comme territoire d'expérimentations dans l'optique de permettre une meilleure coexistence pastoralisme / loup.


En 2018, le Parc du Vercors a sollicité l'ensemble de ses partenaires et des acteurs du territoire concernés par la présence du loup afin de construire en concertation un programme d'expérimentations à l'échelle du massif. Ainsi, le Plan d’actions Vercors 2018-2023 : Loup & Territoire prévoit trois axes stratégiques : la transmission et le partage de l'information, des connaissances & et des usages ; l'acquisition des connaissances ; la protection des troupeaux et le maintien d'un bon état de conservation du loup. 

Depuis, des actions sont menées dans le Vercors dans le sens de cette stratégie.

 

Une dynamique collective pour une problématique partagée

Pour agir face à la présence du loup, des mesures de protection ont été mises en place dont des chiens de protection des troupeaux qui ont engendré des situations de tension et des crispations avec les usagers (population locale et de passage). Dans le cadre de la construction du Plan d’actions Vercors 2018-2023 : Loup & Territoire, un groupe de travail multi-acteurs (rassemblant des profils très différents, agents territoriaux, agriculteurs, naturalistes, chasseurs, gestionnaires d'espaces naturels, professionnels du tourisme…) a ainsi été mis en place par le Parc naturel régional du Vercors pour échanger sur cette question de manière la plus constructive possible. La Plateforme de l'UE sur la coexistence entre les personnes et les grands carnivores s'est alors rapprochée du Parc du Vercors pour proposer un appui de médiation locale. De septembre 2020 à juillet 2022, accompagné d’une médiatrice, ce groupe a relevé le défi d'élaborer un "récit commun", le fruit d'une collaboration territoriale inédite. Cette collaboration a donné lieu à une restitution le 3 octobre 2022.

Pendant ces deux ans, la dynamique collective a rassemblé : Association départementale d’économie montagnarde, Auprès de mon âne, Chambre d'agriculture de l'Isère, les communes de Beaufort-sur-Gervanne, Gigors, Gigors-et-Lozeron, Lans-en-Vercors, Lus-la-Croix-Haute, Suze, les communautés de communes du Diois, du massif du Vercors, du Royans-Vercors, les Conseils départementaux de la Drôme et de l'Isère, délégation territoriale Drôme-Ardèche de la LPO AURA, Direction départementale des territoires de la Drôme, Direction régionale de l'alimentation, l'agriculture et la forêt, Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, Office de tourisme du Diois, Fédération des alpages de l'Isère, Fédération départementale des chasseurs de la Drôme, France nature environnement (FNE), GAEC Bos, GAEC du Savel, Guides et accompagnateurs de montagne du Vercors, Guillaume Gontard Sénateur de l'Isère, IDELE, INRAE, KEEPIO, Mountain Bikers Foundation, Mountain Wilderness, Natura 2000, Office de tourisme de l'Isère, Office de tourisme Vercors Drôme, Office français de la biodiversité, Office municipal de tourisme de Villard-de-Lans, Parc naturel régional du Vercors, Société de Chauméane, Vercors Nature, WWF...

Le récit commun


Les sciences sociales en renfort !

Cette belle dynamique territoriale s’est poursuivie en 2024 grâce à un stage en sciences sociales mené par Camille Le Gorju, étudiante en Master 2 Géopoésie à l’université Grenoble Alpes. Son premier objectif a été de rencontrer les acteurs identifiés comme producteurs de connaissances sur les loups, les troupeaux et les chiens, ainsi que sur les ongulés sauvages. L’enjeu ? Mieux cerner les questions de recherche susceptibles de faire consensus (Avis de recherches). En 2025, cette initiative a pris une nouvelle dimension avec l’organisation d’ateliers thématiques.

Bergers
©PNRV/Brice Palhec

Bergers & éleveurs : des métiers respectables, précieux et difficiles

Pendant toute l’année, de jour comme de nuit, les bergers et les éleveurs sont confrontés à la prédation. En plus de la gestion de leur troupeau et de la ressource en herbe, ils doivent aussi observer leurs chiens en continu, s'en faire respecter, anticiper les comportements en connaissant d’avance le caractère de l’animal, entretenir une relation de confiance, adapter le positionnement du troupeau pour tenir compte au mieux des autres usagers... Toutes ces nouvelles missions sont d’autant plus pesantes et difficiles à assurer lorsque les chiens sont surpris par telle ou telle pratique de loisirs inattendue pour eux, surprise exacerbée par la présence de chiens de compagnie.

On attend donc beaucoup du chien de protection : une vraie efficacité envers les loups, de l’autonomie, de la vigilance, du calme, de la quiétude au sein du troupeau, un attachement aux bêtes, de la réactivité, de l’équilibre, de la vivacité, de la puissance, de la souplesse et de la sociabilité envers les humains... Un éventail de compétences remarquables et compliqué à tenir pour un animal.

N’oublions pas que toutes ces préoccupations s’ajoutent à l’activité principale du berger : s’occuper de l’alimentation et des soins du troupeau avant tout. Sur tous les fronts, l’équation du berger devient donc difficile à résoudre : faire face aux loups, s'accommoder d'une présence croissante des activités de pleine nature de touristes ou d'habitants ou encore d'autres usagers peu ou pas préparés à la rencontre avec ces chiens.

Loup gris
©PNRV/Jean Andrieux

Le loup, l'histoire d'un retour et de ses conséquences

Parce que le loup s’attaque au bétail et au gibier, l’Homme le pourchasse dès le Moyen-Âge... et la loi française du 3 août 1882 en officialise l’extermination. Les meutes sont alors traquées, chassées, piégées et empoisonnées à travers la France. Les courbes de sa population diminuent inéluctablement jusqu’à sa totale disparition. Après son éradication du territoire national dans les années 1930, le loup revient naturellement depuis l’Italie au début des années 1990. Le loup fait l'objet d'une protection stricte notamment par la Convention de Berne de 1979 et la recommandation n°17 de l'Union européenne de 1989. L’Office français de la biodiversité (OFB) estime sa population en croissance, sur les plans démographique et géographique. Dans le Parc du Vercors, le loup est aujourd’hui présent partout et fréquemment aperçu.

À l’origine, les loups faisaient donc partie intégrante du milieu naturel, et bien que leur disparition ait été orchestrée par l’Homme, ils retrouvent aujourd’hui toute leur place dans les écosystèmes.

Mais ce retour du loup a également des effets problématiques et concrets... comme les attaques perpétrées sur les troupeaux au grand préjudice des éleveurs. La présence de meutes cause des dommages notables à cette activité économique... Apprendre à coexister représente de ce fait un véritable challenge pour toute la société.

La présence des loups, une gestion nationale par les institutions

Les loups sont présents presque partout en France métropolitaine. C'est l'Office français de la biodiversité (OFB) qui est responsable du suivi annuel de la population en lien avec des partenaires locaux.

L’OFB est notamment compétente pour établir les constats de dommages imputables au loup. Lorsqu’un éleveur suspecte une attaque ou découvre des animaux blessés, morts ou disparus, il doit déclarer une demande de constat à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), service déconcentré de l’État. Un agent de l’OFB rédige alors un rapport d’expertise, dénommé « constat d’attaque ». Sur cette base, la DDTM examine les indices recueillis pour statuer sur l’octroi ou non d’une indemnisation.

Désormais, les exploitations agricoles situées en zone de présence permanente des loups doivent justifier de la mise en œuvre d’au moins deux mesures de protection reconnues (parcs électrifiés, présence d’un berger, chiens de protection) pour prétendre à une indemnisation. En 2021, les services de l’État ont traité 3670 dossiers d’indemnisation, concernant 11746 animaux tués.

Par ailleurs, les éleveurs peuvent solliciter la DDTM pour obtenir des subventions destinées à financer ces mesures de protection, sous réserve que leur commune soit couverte par un arrêté préfectoral. Ces aides, cofinancées par l’État et l’Union européenne, représentaient en 2019 environ 2,63 millions d’euros pour les chiens de protection, dont 90 % étaient alloués à leur entretien.
 

En France, les grands carnivores sont protégés en vertu de l'annexe II de la Convention de Berne (1979) et de la directive "Habitats, faune, flore" de l'Union européenne (1992) et de l'article L411-1 du code de l'environnement. Au niveau national, le loup est une espèce strictement protégée qui fait l'objet d'un Plan d'action national 2018-2023 "Loup et activités d'élevage" qui cadre les réglementations et les modalités de conciliation avec la production animale. Le Plan définit les orientations des politiques de soutien concernant les impacts sur l'élevage, et engage des études pour caractériser l'état de conservation et les impacts de l'espèce sur l'élevage.

La présence du loup et ses impacts sur les activités humaines sont gérés au niveau national par le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) et le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (MASA). Leurs missions sont déléguées au Préfet coordinateur du Plan National Loup, c'est-à-dire le Préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) et ses services : la DREAL AURA pour la partie Écologie et la DRAAF AURA pour la partie Agriculture. Le plan est soutenu par un arrêté ministériel (Arrêté cadre ministériel du 30 Juin 2015) qui détermine les conditions de mise en place des mesures de protection contre la prédation. Le plan est suivi par le groupe consultatif national sur le loup (GNL) qui est composé de plusieurs acteurs impliqués dans la gestion ou la conservation du loup à plusieurs niveaux : ministères et services de l'État (dont DREAL, DRAAF, DDT, OFB), associations de protection de la nature (FNE, Ferus, WWF), représentants des éleveurs, représentants des chasseurs, administration des Parcs naturels régionaux. Le plan Loup 2018-2023 est le quatrième.

Au niveau régional, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL AURA) et la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF AURA) gèrent l'application de la politique sur le loup et ses liens aux activités d'élevage.

Au niveau départemental, le préfet de département et ses services (DDT) sont responsables du suivi du Plan national d'actions. Dans certains départements, des comités départementaux loup (CDL), gérés par la DDT, ont été mis en place. Dans le Vercors, la gestion est assurée par la DDT Isère et la DDT Drôme.

Le Parc naturel régional du Vercors est actif sur les questions relatives aux loups sur son territoire. Ses actions sont décidées et mises en oeuvre par le syndicat mixte (regroupant la région Auvergne-Rhône-Alpes, les départements de la Drôme et de l'Isère, les communes ayant adopté la charte du Parc, des structures intercommunales et les villes-portes). En 2018, le Parc du Vercors a organisé une série de rencontres avec les acteurs concernés par la présence du loup, leurs représentants et les élus, et a identifié un panel de 51 actions détaillées dans le Plan d'action Vercors 2018-2023 : Loup & Territoire

Des ateliers de co-construction des connaissances (2025)

Au printemps 2025, des ateliers de co-construction des connaissances ont été organisés avec les acteurs du territoire, grâce à l'appui du programme de recherche Coexist et de la plateforme européenne "co-existence entre les humains et les grands carnivores". Ils avaient pour but d'identifier les besoins partagés par les acteurs sur ce sujet complexe. Il en est ressorti la nécessité d'échanger et de comprendre les connaissances existantes ou en cours d'acquisition, sur les loups, sur la faune domestique et la faune sauvage dans ce contexte de prédation. 

Ainsi, nous avons proposé un cycle de webinaires pour prendre le temps d'écouter et d'échanger avec des experts des thèmes suivants : 


En parallèle, à l'occasion de la rencontre des correspondants du réseau loup-lynx, organisée annuellement dans les territoires par l'Office français de la biodiversité, nous avons pu enregistrer, selon le même format, la présentation d'un travail réalisé en 2022 sur le Vercors, grâce à l'analyse des données génétiques récoltées par les correspondants :

Chiens de protection des troupeaux
©PNRV/Nicolas Antoine

Les chiens de protection des troupeaux

Le Vercors est une terre de pastoralisme depuis plus de 1000 ans. Patrimoniale, cette pratique est aussi au fondement de l’identité et des paysages du Vercors. L’existence d’élevages ovins, bovins, caprins et équins est un élément majeur du massif sur les plans économique, social et environnemental. Avec la disparition du loup, les moutons ont longtemps pu pâturer avec moins de pression de gardiennage pour les éleveurs. Mais depuis son retour, les conditions de conduite des troupeaux ont dû changer.

La présence permanente de meutes et la prédation rend l’activité pastorale plus compliquée et plus exigeante. Ainsi, plusieurs mesures de protection redevenues nécessaires ont été mise en œuvre dont la protection des troupeaux par les chiens - comme les patous, car il est aujourd’hui l’outil le plus efficace de prévention des attaques.

Le terme bien connu de patou (du vieux français « pastre » qui signifie berger) désigne une race de chien spécifique - le Montagne des Pyrénées, mais il n’est pas le seul. D’autres races de chiens de protection sont aussi utilisées et efficaces pour protéger les troupeaux : Berger d’Anatolie, Berger de Maremme et des Abruzzes, Cao de gado transmontano... La politique de l’État encourage les éleveurs à utiliser ces chiens. Pourtant, leur éducation et leur gestion au quotidien ajoutent du travail dans les exploitations.

Sélectionnés depuis des siècles, ces chiens de protection ont été choisis pour leur capacité innée à s’attacher à un troupeau et à le préserver des menaces extérieures. Ce n’est pas un chien comme les autres, son instinct l’amène à protéger son troupeau en autonomie, et pour lui, tout «étranger» à proximité de sa «famille» est une source de danger potentiel. En principe, il commence à faire savoir sa désapprobation en donnant de la voix, puis s’approchera pour vous identifier. Les habitants, promeneurs, trailers, randonneurs, vététistes, chasseurs... qui sont amenés à le croiser dans les zones pastorales ou à proximité des habitations, doivent adapter leurs comportements.

VTT Écondus et Chironne
©Focus Outdoor

Apprenons à partager les espaces naturels

Dans le Vercors, les sentiers de randonnée traversent souvent des propriétés privées. Leur accès repose sur des , permettant de profiter de paysages préservés.

Ce massif, où se côtoient habitants et visiteurs, connaît une . Randonner et habiter de façon responsable, c’est limiter son impact sur l’environnement.

Le , doit être respecté. Il est essentiel de comprendre et de respecter les usages de ces espaces, où loisirs et activités économiques coexistent.

Pour préserver cette nature exceptionnelle, adoptez des : contournez les troupeaux, respectez les cabanes de bergers et clôtures, ne faites pas de feux ni ne laissez de détritus. Ces envers les paysans et éleveurs locaux — sont à transporter dans le sac à dos.


Conseils d'usage face aux chiens de protection

À l'approche du troupeau, surveillez votre comportement. Gardez vos distances, l'irruption de tout élément étranger au troupeau (chien non tenu en laisse, promeneur, VTT...) peut perturber la bonne marche du troupeau et le travail du berger : elle met le chien de protection en alerte. Celui-ci peut venir vous flairer pour vous identifier. Après quoi, il regagne son troupeau. Parfois, il peut tenter de vous intimider.

  • Contournez largement l'aire de pâturage ou de repos des brebis, ou les parcs clos : vous respectez ainsi le travail des éleveurs et des bergers sans perturber les animaux.
  • Attention à certains de vos gestes qui peuvent vous paraître anodins mais que les chiens de protection peuvent interpréter comme une agression : tenter de nourrir, caresser, prendre en photo un chien de protection, un mouton, un agneau...
  • Adoptez un comportement calme et passif pour le rassurer. Si vous êtes impressionné, faites lentement demi-tour.
  • Si vous êtes accompagné de votre chien : tenez-le en laisse pour qu'il ne soit pas tenté de rejoindre les brebis et éviter ainsi une confrontation avec Les chiens de protection. Si toutefois, le chien de protection venait vers vous, ne prenez pas votre chien de compagnie dans vos bras et dans la mesure du possible détachez-le.
  • Si vous êtes à vélo, il est préférable d'en descendre et de marcher à côté. Dans tous les cas, arrêtez-vous : cela permet aux chiens de protection de vous identifier.
  • Si vous êtes munis de bâtons de randonnées, ne menacez pas les chiens, gardez-les la pointe vers le bas et mettez-les bien tout contre vous pour les rendre invisibles.
  • Vous pouvez parler au chien (par exemple sur un ton joueur), mais ne le regardez pas dans les yeux.
  • Mettez votre sac à dos, votre chapeau ou un autre objet dans vos bras pour mettre quelque chose entre soi et le chien et paraître moins "dangereux".

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Bloc membres techniciens
Photo
Nom / Prénom
Manon Chevalier
Fonction au sein du Parc
Chargée de mission Natura 2000, biodiversité
Service(s)
Réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors
Instances / Groupes de travail
Natura 2000

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