2021 - Un écrin pour l'art contemporain
Nicolas Daubanes
Mémoire, stigmates du passé et paysages
Parmi les sujets mis en lumière par la nouvelle muséographie du Mémorial, celui des résistances civiles tient une place particulière.
Après 5 semaines de résidence, Nicolas Daubanes expose ses œuvres tout au long du parcours de visite du Mémorial. Parfaitement intégrées à l'architecture contemporaine du bâtiment, puissantes et élégantes, elles font résonner des thématiques chères à l'artiste : les traces des stigmates mémorielles du passé dans les paysages d'aujourd'hui ainsi que dans nos choix quotidiens.
Cicatrices du passé inscrites dans le paysage d'aujourd'hui, mais peut-être aussi dans nos engagements quotidiens ?
"Ceci débouchera sur des bribes de réponses à une question qui occupe largement mon esprit depuis que j'ai entamé mes recherches plastiques sur la Résistance et les comportements de chacun en situation coercitive difficile. Les traces de la Résistance aujourd'hui se trouveront elles uniquement dans ces cicatrices paysagère ? L'engagement de tout un chacun sur le territoire sur des questions personnelles, et en apparence éloignées de l'idéologie de la Résistance française, seraient elle finalement influencer par cette dernière ?"
Nicolas Daubanes
Une oeuvre exposée : Mont Aiguille, Vercors, d’après L’île des morts (Die Toteninsel) d’Arnold Böcklin
Poudre d’acier aimantée sur papier
80 x 150 cm
2021
Le territoire du Vercors est un espace marqué par de nombreuses stèles, nécropoles et autres stigmates mémorielles célébrant la mort de multiples martyrs. L’image de cette île-cimetière (la série de peintures portant le nom de Die Toteninsel d’Arnold Böcklin), de laquelle nous percevons les âmes s’élever par le biais des cyprès présents au centre des tableaux, paraît idéale pour y transposer la réalité commémorative du Vercors.
Pour l’artiste, il s’agit de faire correspondre les roches du Mont Aiguille et ses pentes abruptes aux falaises présentes sur les peintures originelles d’Arnold Böcklin. Travaillant depuis plusieurs années avec de la poudre d’acier aimantée sur un support de la taille de la réalisation finale, il propose de transformer ce qu’il dessine habituellement, comme des flammes, des colonnes de fumée ou encore des traînées de poudre de fer très denses en arbres longilignes noirs s’étirant vers le ciel.
Outre le choix de la ressemblance plastique entre les falaises du Vercors et celles présentes sur les oeuvres de Böcklin, l’intérêt artistique d’Adolf
Hitler pour la production du peintre suisse a confirmé Nicolas Daubanes dans son choix. Il s’agit ici de mettre le spectateur face aux systèmes
de récupération de la production artistique par le régime politique Nazi. La troisième version de Die Toteninsel, sur les cinq produites par Böcklin, fût acquise par le leader du parti Nazi en 1933. Elle finit par être présentée en 1940 à la nouvelle chancellerie du Reich à Berlin. De ce fait, Nicolas Daubanes réalise son dessin aux dimensions exactes de la troisième version de l’Île des morts.
L'artiste
Nicolas vit et travaille à Marseille. En 2010, il obtient le Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique de l’École des beaux-arts de Perpignan avec les félicitations du jury. Depuis 2008 et une première expérience en milieu carcéral au sein de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur, Nicolas Daubanes multiplie les expériences d’ateliers, de résidences d’artiste, de professorat en prison. Il ouvre à présent son champ d’action en allant vers d’autres espaces sociaux dit « fermés », ou encore « empêchés ». Il n’hésite pas à recréer des situations dans lesquelles il se met à l’épreuve, interrogeant ainsi plus largement les limites de l’existence et de la condition humaine.
Ses oeuvres sont visibles dans le parcours de visite du mémorial

Nicolas Daubanes, Mont Aiguille, Vercors, d'après Die Toteninsel d'Arnold Böcklin, poudre d'acier aimantée sur papier, Mémorial de la Résistance en Vercors, 2021

Focus Outdoor, 2022 (Oeuvre : Nicolas Daubanes, Sabotage : mur des fusillés, 2021)
