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Yves Pillet, la retraite pudique d’un homme public

Yves Pillet
Yves Pillet ©Fabian Da Costa

 

Figure politique marquante du Vercors, Yves Pillet a également été à deux reprises le président du Parc naturel régional du Vercors de 1979 à 1985 et de 1998 à 2008. Il vit aujourd'hui le plus souvent en Savoie.

Un portrait proposé par Lydia Chabert Dalix, habitante écrivaine du Vercors

Il vous reçoit entre les murs de sa maison de famille. Tout là-bas en Savoie, aux flancs de cette montagne qui l’a vu naître et qu’il se plaît à photographier sous toutes les coutures. À propos, l’homme du Parc du Vercors - il en a été le président durant dix années - affectionne toujours autant cette allure chic qui le caractérisait durant son temps d’homme public : chemise de lin noir, pantalon accordé.Traîne, sur une petite table, un élégant chapeau de feutre tout à côté d’un bouquet de pivoines. 
Yves Pillet, c’est un esthète, un pudique qui cache sa sensibilité artistique sous de tonitruantes sentences. Car l’homme est un créatif devenu, par militantisme, maire de Pont-en-Royans - 37 années tout de même - député, conseiller général, régional, président de la Communauté de communes de la Bourne à l’Isère et président du Parc naturel régional du Vercors. 
Pour beaucoup il est celui qu’il ne fallait pas contrarier si l’on voulait éviter les invectives. Car Pillet considère encore aujourd’hui que « si les gens ne sentent pas que tu vas renverser les montagnes ça ne passe pas. » D’où sa réputation de « bulldozer. » Comprendre : celui qui avance coûte que coûte. Les coûts , cet élu a su les jauger. Les soupeser n’hésitant jamais durant cette longue carrière à frapper aux bonnes portes afin de réaliser les projets qu’il a en tête. Et des réalisations Yves Pillet en totalise tant qu’une longue liste s’avèrerait nécessaire pour être exhaustive.
L’un des personnages d’une nouvelle de Nicolas Bouvier voyage pour chercher l’eau.
«Doucement le grondement de l’eau endormit ses oreilles jusqu’à ce qu’il cesse d’entendre sa propre voix (...) il croyait voir un pont» écrit Bouvier. À l’instar de ce personnage amoureux de l’eau, Yves Pillet voulait «soit une rivière soit un pont» pour débuter sa vie de prof d’histoire-géographie. Il arrivera presque par hasard à Pont-en-Royans où la Bourne va combler ses désirs. Elle lui racontera une histoire de filatures, de contrebandiers des forêts du Vercors, de tourneurs sur bois mais, surtout, lui permettra d’écrire un long chapitre de la sienne.
Passionné, cet homme de l’eau créera le musée éponyme à la silhouette follement élégante, architecture née de sa rencontre avec Andréa Bruno déjà célèbre pour ses ajouts contemporains à des bâtiments anciens. Cet architecte talentueux tracera les plans et signera là le bâtiment d’une rive de rêve. En lieu et place d’une friche industrielle émerge aussi un hôtel-restaurant dont le statut d’EPIC clouera le bec de ses détracteurs qui voyaient là de quoi noyer le budget initial et couler la commune !
«Avant on regardait passer les automobiles dont les passagers allaient au ski.»
Ce projet stoppe les cars et voitures de touristes et créé une dynamique économique. 
Le Vercors et des centaines -  milliers - de gamins doivent à cet élu visionnaire le bonheur de profiter de la rivière grâce à l’aménagement des bords de Bourne en bassins de baignade. Belle initiative dans la veine de ce qui anime Pillet le militant socialiste : accès pour tous sans bourse délier ! Encore fallait-il une eau de qualité et pas seulement pour les éclaboussures heureuses. Tous les cours d’eau bénéficieront du Plan Vercors Eau Pure sur l’ensemble du Parc du Vercors. Que faut-il retenir encore de ces «chantiers» initiés ou soutenus par Yves Pillet ? La création d’une Réserve naturelle sur les Hauts-Plateaux pour laquelle il avoue s’être «battu contre vents et marées» la réhabilitation du musée de la Résistance de celui de la Préhistoire. Quelques échecs aussi. Le projet, à Rencurel, d’un musée à ciel ouvert sur la genèse, la géologie du Vercors ne verra pas le jour.
Son leitmotiv a toujours été
«de respecter les racines du territoire, si tu es hors sol cela ne fonctionne pas.»
On retiendra, au moment de quitter toutes ses fonctions voilà huit années,  un important travail effectué au service du territoire et de ses acteurs, un Parc avec une charte renouvelée pour 12 ans, le Bleu d’une fête, une Halle emplie de livres et d’expositions audacieuses. Le triste gris des ruines d’un couvent racheté par la Communauté de communes de la Bourne à l’Isère sous la présidence Pillet puis transformé en fabuleux lieu culturel où s’égayent, désormais, les couleurs de Bob Ten Hoope artiste peintre ami d’Yves et Pontois d’adoption. 

Le soleil s’allonge sur la montagne qui veille au-dessus d’Arvillard. «Il y a toujours un moment où l’on s’arrête» dit Yves. Je salue l’ami, le politique. Et pars en jetant un oeil sur les pétales de pivoines désormais épars sur le guéridon. Un silence de paix s’installe. Au loin, pourtant, bourdonnent les feuilles des fayards témoins des saisons en marche.